Le consultant : l’étranger au sein de votre entreprise

Avr 28, 2014
Lucienne Carpot

Lucienne Carpot

Consultante Senior Processus et Conduite du Changement chez Arsia Mons
Anthropologue et consultante depuis une quinzaine d'années, je suis toujours passionnée par le monde de l'entreprise. Le métier de consultant est pour moi une source constante de rencontres, d’échanges et de découvertes. Mon souci premier est de comprendre le besoin de mon client, et d’y répondre en lui apportant le meilleur de mon expertise.

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img-article3Le consultant qui arrive dans une entreprise est souvent un étranger pour vous. Il est celui que vous accueillez au cœur de votre plateau, dans vos bureaux et qui s’installe parfois à demeure.

L’accueil peut être :

  • froid : « Vous êtes qui ? », « Tiens un autre consultant »,
    « Vous êtes là pour quoi ? ».
  • chaleureux : « Enfin, on vous attendait ! », « Installez-vous »,
    « Votre poste est prêt ».
  • empreint d’inquiétude : « Vous allez tout nous changer », « Vous ne connaissez même pas notre métier », « Vous n’êtes pas le premier à intervenir sur ce sujet ».

Dans tous les cas, le consultant ne laisse personne indifférent. Il a quitté sa tribu d’origine, son cabinet, pour vivre un temps à vos côtés et vous apporter son expertise. Il vient avec sa culture, le soutien de ses pairs et repartira en vous laissant tout ce qu’il vous a apporté.

Sa première mission est de s’intégrer dans l’entreprise. En dehors de sa connaissance du métier, de son expertise et de ses années d’expérience, il doit s’adapter et percevoir, dès les premières journées, les us et coutumes de sa nouvelle « tribu ».

Qui va lui faciliter la vie ? A contrario, quelles sont les personnes qui vont freiner sa mission ? Quelles sont les personnes influentes ? Qui détient véritablement les savoirs dont il aura besoin pour mener à bien sa tâche ? Quelles sont les pratiques existantes au sein de l’organisation ? Ce sont autant de questions que se pose le consultant.

Dès son arrivée, il peut constater le degré d’intégration et de considération porté à son encontre par l’entreprise et/ou le service où il effectue sa mission. Dispose-t-il de tous les éléments qui marquent son intégration ou doit-il attendre qu’on lui fournisse les moyens pour réaliser sa mission ?

Mais d’ailleurs, est-il un membre de l’entreprise ? Non, il ne l’est pas vraiment. Il est un collaborateur externe, un prestataire. Il est défini par son statut spécifique : « extérieur à ».

Si au sein de certaines tribus, les marques identitaires définissent l’appartenance à l’ethnie, ou au groupe, il n’en n’est rien pour le consultant. Point n’est besoin de scarifications, de baptêmes ou de séminaires d’intégration, il est rattaché à l’entreprise par l’attribution d’un badge, d’un bureau, d’un poste informatique ou le saint GRAAL, l’accès à la cantine.

Car, dans la société, le repas est synonyme de reconnaissance, de partage et de convivialité. Il peut donc s’avérer être aussi un moment d’intense solitude pour le consultant, surtout s’il est seul sur sa mission. Le temps du repas peut être, là aussi, significatif d’une bonne assimilation dans son nouvel environnement.

Au-delà de cette première phase d’intégration, le consultant assimile les règles en vigueur au fur-et-à-mesure de sa mission. Elles différent bien sûr d’une entreprise à une autre.

« … le vendredi, c’est Casual Friday, plus décontracté… »

« … il ne faut pas organiser de réunion les lundis, mercredis et vendredis… vous savez les lundis, il faut « dépiler » nos mails… les mercredis, nous avons des collaborateurs qui prennent leurs journées… et les vendredis, c’est la fin de la semaine… »

« … vous savez, vous ne pouvez pas rester trop tard. C’est une question de sécurité… »
Etape obligée d’intégration, le consultant participe également aux rites et pratiques instaurés au sein de l’entreprise. Certains sont très agréables à adopter, avec plus ou moins d’impact sur le physique du consultant.

« … chez nous, nous faisons des pots, c’est notre moment de détente… »

Parmi les rituels, la pause transcende les organisations, qu’elle soit ou non autour de la machine à café. Elle constitue un moment particulier d’échanges, que l’on soit interne ou externe. Elle n’efface pas les barrières, mais elles sont bien souvent atténuées autour d’un café ou d’une cigarette.

Tous ces rites et rituels partagés confèrent au consultant une appartenance à ce nouveau milieu.

Prévue pour durer quelques mois, la mission se prolonge.

Vous n’êtes plus un étranger, vous avez été « adopté ».

7 Comments. Leave new

Dominique Pipon
28 avril 2014 22 h 36 min

Effectivement, nous sommes des voyageurs itinérants de tribu en tribu. Le plus intéressant, pour tous, clients et consultants, est sûrement une intégration telle que se produise cet échange de culture source d’enrichissement mutuel.

Cordialement,

Dominique

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Bonjour
Merci de ce retour.
Les échanges permettent de progresser aussi bien pour le client que pour le consultant. C’est toute la richesse de partager et d’échanger entre mondes et parcours différents.
Cordialement
Lucienne

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Bonjour Lucienne,
J’ai adoré cet article. On sent bien la patte de l’anthropologue. Tout est bien vu.
Félicitations.
A bientôt

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Cet article me fait penser à la parabole des 5 signes:
pour mémoire:
Prenez une cage où sont enfermés cinq singes. Accrochez une banane au sommet de la cage et placez une échelle en dessous…
Peu de temps après, un des singes va tenter de grimper l’échelle pour attraper la banane.
Dès qu’il touche à l’échelle, arrosez tous les autres singes avec de l’eau froide.
Au bout d’un certain temps, les autres singes feront la même tentative avec le même résultat… tous les autres singes se retrouvent arrosés d’eau froide.

Rapidement, à chaque fois qu’un singe tentera de grimper l’échelle, tous les autres singes tenteront de l’en empêcher.
Maintenant, abandonnez l’eau.

Retirez un singe de la cage et remplacez-le par un nouveau. Le nouveau singe aperçoit la banane et tente de grimper l’échelle. À sa grande surprise, tous les autres singes se jettent sur lui. Après une nouvelle tentative et une nouvelle attaque, il comprend que s’il tente de grimper l’échelle, il sera agressé.

Ensuite, retirez encore un autre singe et remplacez-le par un nouveau.
Le nouvel arrivant est attaqué par les autres chaque fois qu’il tente de grimper l’échelle. Le singe arrivé juste avant lui participe à la punition… avec enthousiasme, parce qu’il fait désormais partie de « l’équipe ».

Ensuite, remplacez un troisième singe avec un nouveau, puis un quatrième, puis un cinquième. Chaque fois qu’un nouvel arrivant tente de grimper l’échelle, il est attaqué.

À ce stade, les singes qui agressent n’ont aucune idée de pourquoi ils n’ont pas le droit de grimper à l’échelle. Pas plus qu’ils ne savent pourquoi ils participent à l’agression du dernier arrivé.

Au final, après avoir remplacé tous les singes d’origine, aucun singe présent dans la cage n’a été arrosé d’eau froide. Cependant, aucun ne tentera de grimper l’échelle. Pourquoi ? Parce que dans leur esprit… c’est comme ça, et ce depuis toujours.

Et bien le plus du consultant c’est d’être capable auprès des singes de sa nouvelle tribu de leur faire comprendre que 1- la banane n’est pas inaccessible, 2- aller la manger n’est pas une fin en soit. Les frustrations peuvent alors s’éliminer, l’équipe peut se souder, et les cibles paraissent alors plus facilement atteignables.
Ceci n’est possible que si l’arroseur ne sévit plus !

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Excellente parabole ! Je la retiendrai.

Merci !

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Cyril Hachet
6 mai 2014 9 h 49 min

Très bon article qui mêle théorie et retour sur expériences (avec la retranscription des phrases entendues), cela donne un côté très vivant. On croirait retourner chez d’anciens clients.
Je suis resté sur ma faim par rapport à la relation entre le consultant et le repas, indicateur d’intégration dans la société cliente. Pouvons-nous espérer un développement sur ce thème ?
Cordialement
Cyril

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Bonjour
Merci pour ce retour et ses remarques pertinentes.
J’ai pris note du souhait, d’avoir dans un prochain article, le thème du « Repas : comme facteur d’indication de l’intégration du consultant ».
A bientôt
Lucienne

C’est noté.

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