L’éco-conception des services numériques publics et des grandes entreprises était l’une des 24 mesures proposées dans le « Livre Blanc Numérique et Environnement » publié entre autres par le WWF France et GreenIT.fr, et présenté au gouvernement en 2018, afin de contribuer à la réduction de l’empreinte écologique du numérique.

L’empreinte environnementale du numérique

L’étude « Empreinte environnementale du numérique mondial » réalisée par GreenIT.fr entre décembre 2018 et juillet 2019 évalue la part actuelle du numérique à 3,8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), ce qui représente 2 à 3 fois les émissions de la France. GreeIT.fr estime que cette part pourrait atteindre 6% en 2025.

Ces émissions de GES sont dues pour l’essentiel (40%) à la fabrication des équipements. On dénombre ainsi actuellement 34 milliards d’équipements pour 4,1 milliards d’utilisateurs, soit une moyenne de 8 équipements par utilisateur : smartphone ou autre téléphone, téléviseurs et écrans, objets connectés…

Les 60% restants se répartissent de la façon suivante :

  • 26% des émissions de GES sont causées par l’utilisation des équipements individuels,
  • 19% des émissions de GES sont dues aux réseaux informatiques qui relient les utilisateurs
    aux datacenters, notamment box et antennes relais,
  • 15% des émissions de GES sont liées aux datacenters, et très majoritairement à leur
    fonctionnement (14%).

Le numérique a également un impact sur la consommation d’eau (0,2% de la consommation mondiale) et de l’énergie primaire (4,2% de la consommation mondiale), nécessaire à fabriquer l’énergie finale(électricité). Le numérique consomme en effet 5,5% de l’électricité mondiale, soit l’équivalent de 200 réacteurs nucléaires, ou encore un peu plus que la consommation annuelle de l’Inde.

 

Qu’est-ce que l’écoconception ?

L’éco-conception, née au début des années 1990 est selon l’ADEME « une démarche préventive et innovante qui permet de réduire les impacts négatifs du produit, service ou bâtiment sur l’environnement sur l’ensemble de son cycle de vie (ACV), tout en conservant ses qualités d’usage ». Dans le secteur numérique, on a longtemps distingué :

  • L’éco-conception matérielle, considérant le cycle de vie des smartphones ou des serveurs, des matières premières à la gestion des déchets et au recyclage,
  • L’éco-conception logicielle, visant essentiellement à réduire la consommation d’énergie des programmes informatiques pendant leur phase d’utilisation.

Devant la difficulté de séparer la partie logicielle de la partie matérielle, on parle plutôt désormais de l’éco-conception d’un service numérique : il s’agit d’une approche plus globale qui vise à optimiser non seulement le code, mais aussi l’architecture d’un service logiciel.

Un service numérique correspond à une unité fonctionnelle : effectuer une recherche sur un moteur, acheter un produit en ligne, effectuer un virement bancaire, lire un article ou consulter une page web… Chaque service est constitué de 3 éléments : logiciel, matériels et réseaux. L’éco-conception du service numérique devra ainsi prendre en compte l’analyse du cycle de vie de chacun des équipements (serveurs…) et chercher à optimiser le code pour en minimiser les impacts sur l’ensemble du système.

 

En pratique, l’éco-conception des services numériques est une démarche d’efficience (atteindre le résultat en minimisant les ressources) et de frugalité (on parle aussi de sobriété numérique). Concrètement, on va chercher à réduire la puissance informatique à tous les niveaux : CPU, mémoire, espace de stockage, échanges entre client et serveur… GreenIT.fr propose ainsi 5 axes de travail, par ordre décroissant d’importance :

  1. Réflexion sur l’usage et la fonctionnalité : Eliminer les fonctionnalités non indispensables, quantifier précisément les besoins…
  2. Travail sur le parcours utilisateur et l’ergonomie : Epurer l’interface, préférer la saisie assistée à l’auto-complétion…
  3. Choix d’une architecture technique adaptée : Eviter les allers-retours avec le serveur,supprimer tous les traitements inutiles (animations, etc.)…
  4. Choix de technologies adaptées : S’appuyer sur l’architecture AJAX pour ne pas mettre à jour toute la page, optimiser l’infrastructure matérielle (choix du matériel, etc)…
  5. Optimisations techniques : Compresser les fichiers et les images, s’assurer que le cache (navigateur et front web) est utilisé au maximum…

 

Pourquoi passer à l’éco-conception ?

Si vous n’êtes pas encore convaincu, sachez qu’au-delà de l’impact environnemental évident, il existe d’autres très bonnes raisons de passer à l’éco-conception.

Faire des économies
Si l’éco-conception demande quelques efforts et un peu de temps par rapport à la conception « classique », elle conduit le plus souvent à des économies financières, parfois substantielles. On peut citer l’exemple de LinkedIn, qui a besoin pour fonctionner de 10 fois moins de serveurs depuis que son code a été entièrement repensé, et ceci sans remettre en question ses fonctionnalités essentielles.

L’optimisation d’une application hébergée dans le Cloud peut également être avantageuse, les services étant facturés directement en fonction du nombre de CPU, de la RAM, du volume de stockage, et aussi du volume de flux échangés.

Dernier point : les services optimisés au design épuré ont souvent une durée de vie supérieure aux services « classiques », qui doivent être retravaillés régulièrement lorsqu’ils deviennent trop lents ou lorsque leur interface est démodée.

Améliorer l’expérience utilisateur
Le poids moyen d’une page web a été multiplié par 3 entre 2010 et 2015, et par 115 entre 1995 et 2015, avec des pages riches en images, vidéos et animations plus ou moins utiles. L’éco-conception permet d’optimiser les temps de chargement des pages et des écrans, améliorant ainsi considérablement et durablement l’expérience utilisateur.

La sobriété numérique va également dans le sens d’une meilleure expérience utilisateur. Un site marchand qui avait opté pour deux versions différentes de son site, l’une qu’il pensait attractive et l’autre plus épurée destinée à un public de malvoyants, a été surpris de constater que le site sobre recevait une audience inattendue, y compris des voyants ! Vous n’y croyez pas ? Souvenez-vous comment Google a détrôné en quelques semaines le portail élaboré et lourd de Yahoo, avec une simple barre de recherche au milieu d’une page vide !

Améliorer l’accessibilité des services
L’accessibilité est la capacité d’une ressource numérique à être utilisée, facilement et sans limite, par tout individu quelles que soient ses aptitudes physiques ou mentales (notamment en cas de handicap visuel, auditif ou mental, troubles dys…).

La quatrième version du « Référentiel général d’accessibilité des administrations » (RGAA) a été arrêtée le 20 septembre 2019. Ce référentiel est applicable aux organismes publics, aux organismes privés délégataires d’une mission de service public, ainsi que désormais, aux grandes entreprises privées (chiffre d’affaires de 250 millions d’euros et plus). Cette nouveauté 2019 montre l’accroissement des exigences en termes d’accessibilité numérique.

Sachant qu’accessibilité et éco-conception se rejoignent sur l’interface épurée, plus ergonomique et simple d’utilisation, et moins gourmande en ressources, autant donc anticiper l’évolution de la réglementation.

Pour aller plus loin… le numérique responsable

Le « numérique responsable » vise, comme l’éco-conception, à la réduction des impacts environnementaux, en y intégrant les deux autres piliers du développement durable que sont les empreintes sociale et économique.

Les facettes du numérique responsable

Selon GreenIT.fr, le numérique responsable s’organise en trois périmètres principaux et complémentaires (Green IT 1.0, Green IT 1.5, Green IT 2.0), auxquels s’ajoutent des périmètres centrés sur la dimension sociale et sociétale.

Green IT 1.0 – Conception numérique responsable (CNR)
Depuis 2014, on désigne par « conception responsable de service numérique » la démarche qui consiste à intégrer la performance environnementale et sociale dès la conception d’un produit ou d’un service numérique. La performance sociale est ainsi intégrée à la démarche d’éco-conception. La conception numérique responsable se déroule donc plutôt à l’échelle d’un projet, d’un produit, ou d’un service numérique.

Green IT 1.5 – Le système d’Information au service du Développement Durable
Il s’agit là d’une démarche d’amélioration continue qui vise à réduire l’empreinte écologique de l’organisation, tout en améliorant son impact économique et social, grâce aux outils numériques. Deux exemples :

  • La réduction de la surface des bureaux et des kilomètres parcourus par les salariés grâce aux outils facilitant le travail collaboratif à distance,
  • Des logiciels pour suivre la stratégie RSE de l’entreprise ou encore pour évaluer la performance Développement Durable des fournisseurs.

Green IT 2.0 – IT for green
Il s’agit là encore d’une démarche vertueuse économiquement, socialement et éconoloiquement, d’amélioration d’un produit ou d’un service, grâce aux technologies de l’information. Par exemple :

  • L’ajout d’une fonctionnalité d’éco-conduite dans le GPS livré avec une voiture,
  • Une application du covoiturage qui contribue à développer l’économie collaborative,
  • L’utilisation de capteurs électroniques pour bâtir des systèmes permettant d’optimiser les consommations d’eau ou d’énergie : arrosage ou éclairage intelligents ou « smart ».

IT for Good – Le numérique au service de la société
L’IT for Good est une démarche sociétale qui consiste à utiliser les technologies de l’information au service des actions sociales et humanitaires. Par exemple :

  • Une extension pour Google Chrome dédiée aux daltoniens, qui peuvent ainsi choisir et régler les paramètres en fonction de leur vision,
  • net conçu par les Casques Rouges, pour rechercher les personnes disparues lors des catastrophes naturelles.

Fair IT – L’informatique équitable
Le Fair IT s’intéresse essentiellement aux conditions de travail des employés de l’industrie informatique, à l’éthique, et au respect des droits humains fondamentaux, afin de réduire les impacts sociaux de la fabrication des technologies de l’information, et ce de l’extraction des minerais jusqu’à l’assemblage des équipements. Par exemple, en faisant cesser le travail des enfants dans les usines des sous-traitants des marques mondialement connues, sous la pression des consommateurs.

Un label Numérique Responsable

Le label Numérique Responsable lancé en mai 2019 propose une certification qui reprend les 3 piliers de développement durable. Construit par l’Institut du Numérique Responsable en partenariat avec le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, l’ADEME et WWF, ce label s’appuie sur 5 axes et 14 principes d’action :

  • Stratégie et gouvernance : formaliser et déployer sa politique numérique responsable,
  • Formation et communication interne et externe,
  • Démarches transversales, incluant une démarche d’achats responsables,
  • Démarches centrées Usagers : postes de travail, téléphonie et impression,
  • Démarches centrées Organisation : choix des fournisseurs et opérateurs, politique logicielle intégrant l’éco-conception des services numériques et l’accessibilité numérique.

Le numérique responsable s’inscrit totalement dans la démarche RSE des entreprises, et permet de communiquer auprès des clients et utilisateurs sans attendre que l’ajout d’un bilan Green IT dans les rapports extra-financiers des entreprises ne devienne obligatoire, comme recommandé dans le « Livre Blanc Numérique et Environnement ».

Arsia Mons, Architecte du changement, peut accompagner votre démarche de mise en place du numérique responsable, qui impacte les méthodes de travail des équipes projet et de l’organisation.