Connaissez-vous Bubble.is ? Que vous soyez un entrepreneur du numérique cherchant à démontrer votre concept auprès d’investisseurs ou un observateur intéressé de la scène digitale, vous devriez y jeter un coup d’œil.
Le concept de cette plateforme web me semble une illustration marquante de la transformation que le monde numérique opère en ce moment : le progressif effacement de la complexité technique et la montée en puissance de l’usage.

Que permet-elle ? Ni plus, ni moins que de créer un applicatif sans en coder directement une seule ligne. Dans la droite évolution de CMS comme WordPress ou Joomla, qui ont rendu possible la création de blogs, puis de sites par « simple » paramétrage, Bubble fait partie des ces applications qui poussent l’accessibilité un cran plus loin.
Par un système de « drag’n’drop » bien pensé, et une large panoplie d’outils, vous n’avez théoriquement besoin que de votre intelligence fonctionnelle pour donner vie à votre concept applicatif. Création du design général des pages, des boutons, des formulaires, détermination des processus sur une interface « user-friendly », c’est un immense jeu de Lego pour adultes, pouvant donner naissance à de VRAIES applications.

Certes, on y trouvera rapidement des défauts. Même si les créateurs font la preuve qu’une application peut réellement tourner sur cette plateforme (les BDD sont gérées, rendant possible la persistance des données et la gestion de comptes), j’ai personnellement encore des doutes à lever sur la performance du code généré par la plateforme, ainsi que sur la sécurité des applications qui y sont créés. Toutefois, Bubble et les concurrents qui ne manqueront pas d’éclore représentent une opportunité formidable pour tout entrepreneur du digital. Grâce à ce genre de plateforme, il lui est aujourd’hui possible de construire un prototype qui a tout du produit fini, fonctionnel, disponible pour une démonstration partout où l’internet existe. Et surtout dans un « time-to-market » réduit, puisqu’il ne s’agit pas de coder, mais simplement de concevoir.

Au-delà de ces usages, l’apparition de ce type de services de « vulgarisation » de la création applicative est tout à fait représentative de ce que l’écosystème numérique est en passe de réaliser pour nous : l’intermédiation de nos usages, de nos idées, de nos concepts, avec la complexité technique qu’ils supposent. Ou plutôt qu’ils supposaient. Car dorénavant, toute idée peut prendre vie sans connaissance technique particulière. Et si la réalisation finale nécessitera dans 90% des cas un retour à la nécessité d’une compétence technique, l’idée aura déjà eu une occasion de prouver sa validité.

C’est l’aboutissement d’un changement fondamental dans l’histoire de l’économie numérique. Les CMS avaient ouvert la voie, le code, au travers de langages comme le Ruby, a souhaité s’ouvrir à tous les curieux. Aujourd’hui la tendance de fond se vérifie encore ailleurs. Les technologies de Big Data, par exemple, en bénéficie fortement : en concevant des outils de paramétrage orientés vers les fonctionnels du métier, certains acteurs du Big Data commencent à combler le fossé technique d’implémentation et d’usage qui grevait son utilité. Dorénavant, la complexité des algorithmes et du paramétrage de cette technologie est l’affaire d’intermédiaires logiciels, laissant la créativité et la facilité d’usage à ceux qui sauront en tirer partie.

En somme, les petits génies du code sont en train d’ouvrir l’économie du numérique à ceux qui n’ont pas leur compétence technique. C’est un pari qui pour eux est plus qu’intéressant car, à mon sens, nous le leur rendrons mille fois en idées.