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Les opérateurs historiques doivent rester à l’affût des nouveaux arrivants qui capitalisent sur l’utilisation des nouvelles technologies pour grignoter des parts du marché. La taille de leur part notamment sur le marché des 25 – 40 ans (utilisateurs avides des nouvelles technologies) est en jeu.

Les Insurtech sont des start-ups spécialisées dans le domaine de l’assurance, avec des modèles de business innovants et une avidité pour la technologie, ces start-ups « disruptent » le secteur et présentent une menace concurrentielle pour les compagnies d’assurance historiques, mais aussi des opportunités potentiellement intéressantes de partenariat sur un terrain en mutation.

Tout comme pour le domaine bancaire qui a vu l’explosion des Fintech (Square, N26, Revolut, Lydia, Qonto, etc.)  ces dernières années, le domaine des Insurtech a aussi connu une forte croissance dans le nombre et la taille des investissements. Selon le rapport « Quarterly InsurTech Briefing Q3 2018 » de Willis Towers Watson et CB Insights datant de Février 2019, les investissements ont grimpé de $ 348 millions en 2012 à $868 millions en 2014 pour atteindre $2,5 milliards sur les trois premiers trimestres de 2018. Le nombre de ces investissements a grimpé de 46 en 2014 à 94 en 2014 pour atteindre 204 sur les trois premiers trimestres de 2018.

Le schéma ci-dessous nous montre la progression de ces investissements sur les 7 dernières années :

Dans certains pays, les contraintes réglementaires ont été abaissées. En Australie, à Singapour et au Royaume-Uni, par exemple, les Insurtech ont été encouragées à tester leurs business novateurs sur des segments de marché spécifiques sans qu’il soit nécessaire de se conformer à tous les cadres réglementaires qui s’appliquent aux opérateurs historiques.

Derrière les US, le Royaume-Uni et l’Allemagne sont les foyers de la majorité des Insurtech. La région Asie-Pacifique connaît également un fort essor dans le domaine et devrait connaître la croissance la plus rapide dans les années à venir. Les Insurtech ont pu enchaîner les levées de fonds et attirer des investisseurs de panels diversifiés (Entreprises de Technologie, Business Angels, fonds d’investissement, compagnies d’assurance, etc.).

Les Insurtechs sont présentes dans les principaux segments de l’assurance (Vie, Santé, Biens). Dans le secteur de la Santé, des acteurs comme la start-up New-Yorkaise Oscar et la start-up Parisienne Alan proposent des contrats d’assurance 100% gérés en ligne. Dans le secteur de l’immobilier, la start-up Lemonade s’appuie sur l’intelligence artificielle pour créer des contrats d’assurance d’habitation personnalisés en quelques clics, les sinistres sont également gérés en ligne par des chatbots via des processus simplifiés et rapides.

Les Insurtechs s’aventurent également dans des marchés inexploités auparavant et répondent à des besoins non satisfaits. La start-up Californienne Trōv offre à ses utilisateurs la possibilité de souscrire à des assurances sur une période donnée pour divers types d’équipements (smartphones, caméras, laptop, etc.), les contrats peuvent être suspendus puis réactivés en un simple clic, la déclaration des sinistres est totalement gérée en ligne. La start-up Allemande Figo propose des contrats d’assurance Santé pour les animaux domestiques. Slice est un autre exemple de start-ups qui ont trouvé de nouveaux moyens de croissance, elle couvre principalement les locations Airbnb.

Du fait que les Insurtech n’ont pas de produits, de processus et de SI hérités, ils disposent d’une liberté par rapport aux compagnies d’assurances classiques et sont capables de concevoir de nouveaux processus, de nouveaux produits et des SI simplifiés « from scratch » plus rapidement. Tout comme les Fintech, les Insurtech se focalisent sur des segments de marché et ne cherchent pas à proposer des produits complets. Un SI et des opérations plus simples se traduisent par moins d’investissements initiaux et des retours sur investissements plus rapides. Les Insurtech se distinguent par rapport aux compagnies d’assurance classiques par plusieurs caractéristiques :

  • Une connectivité accrue : la start-up Suisse Knip et la start-up Américaine Lemonade par exemple utilisent des chatbots pour fournir des conseils personnalisés à leurs utilisateurs.
  • Des produits ciblés : la start-up Londonienne Cuvva permet aux clients de souscrire à des assurances automobiles sur des plages horaires fixes.
  • Une automatisation complète : la gestion des sinistres est gérée de bout en bout en ligne dans ces nouvelles plateformes.
  • Une prise de décision plus rapide grâce à l’analyse des données : grâce à l’accès à diverses sources de données et à l’utilisation des nouvelles technologies (IoT, Big Data, Deep Learning) les Insurtech offrent rapidement des produits mieux adaptés aux clients. Metromile, une start-up Californienne, offre une assurance automobile au kilomètre. La start-up Australienne FitSense utilise des données portables pour la tarification, la souscription et le traitement des sinistres dans les assurances santé et vie.
  • Des interactions plus fréquentes avec les utilisateurs : les assureurs à la demande tels que Trōv sont en mesure de proposer aux clients un bouton « on-off » pour la couverture. Ces innovations favorisent la relation client et sensibilisent à l’assurance en la rendant plus pertinente.

Les risques inhérents aux « business models » traditionnels sont réels, les Insurtech sont entrain de bouleverser l’écosystème de l’assurance. Les opérateurs historiques doivent s’adapter au risque de perdre leur part de marché. L’adaptation sera bénéfique pour les consommateurs, elle entraînera sans doute une amélioration opérationnelle et une réduction des prix.

 

 

Sources :
  • Unpacking the InsurTech Landscape – Octobre 2018 – CB Insights
  • Quarterly InsurTech Briefing Q3 2018 – Novembre 2018 – Willis Towers Watson et CB Insights
  • McKinsey Panorama Insurtech Database
  • Crunchbase