Les questions majeures du SI bimodal

Juil 17, 2017
Julien Gras

Les derniers articles par Julien Gras (tout voir)

CEO, CDO, CIO, CTO, il ne vous aura pas échappé que la demande pour de nouveaux produits et services a évolué en même temps que les modes de consommation. Vos clients et vos utilisateurs sont de plus en plus impatients, exigeants et volatiles car ils sont plus informés et le digital fait déjà partie de leur quotidien.

Pour que votre entreprise continue d’exister dans les années à venir vous avez probablement déjà inscrit l’innovation digitale, l’excellence opérationnelle et la satisfaction client comme pierre angulaire dans la stratégie de votre entreprise.

De ce constat résulte une distorsion, tant organisationnelle que technologique, entre votre SI traditionnel et votre SI plus moderne construit selon les principes agiles. Le SI bimodal apparaît alors comme l’approche inévitable permettant de réconcilier ces deux mondes, en reconnaissant d’une part la valeur de votre SI historique et d’autre part les besoins grandissants de la transformation digitale.

Le SI « traditionnel » n’a pas dit son dernier mot !

Aussi appelé mode 1, le SI traditionnel supporte majoritairement les applications métier historiques d’une entreprise : son ERP, sa messagerie et son site web marchant. Il est caractérisé par :

  • Des cycles projet longs (V-model ou Waterfall model)
  • Une séparation organisationnelle des études et de la production
  • Des compétences pointues sur des systèmes et langages informatiques éprouvés
  • Des technologies fiables de type mainframe
  • Une industrialisation forte des pratiques de maintenance et support

Les enjeux pour la DSI sur le mode 1 sont généralement d’améliorer la résilience des services, leur robustesse, et in fine de réduire les coûts d’exploitation de ces derniers.

Bien que très souvent perfectible, le SI traditionnel est reconnu pour sa fiabilité et il n’est pas urgent de le transformer. Par ailleurs l’effort de transformation des applications pour bénéficier de services cloud serait trop important.

Cette force est aussi sa faiblesse : la fiabilité est obtenue au détriment de l’agilité, c’est-à-dire une capacité à évoluer, à répondre rapidement à de nouveaux usages métier sans mettre en risque les opérations.

 Le SI « agile » : une nécessité qui ne doit pas lésiner sur la qualité

Sans surprise, il s’agit du mode 2 : s’inspirant des startups championnes de l’agilité et adeptes du test and learn (« test fast, fail fast, adjust fast »), les DSI y ont trouvé les méthodes dont elles manquaient pour développer leurs applications de demain : innovantes, livrées rapidement, avec un niveau de qualité élevé.

Les équipes s’organisent dorénavant autour du produit selon les principes du manifeste agile. Pour ne citer que deux d’entre eux, en agile l’équipe adapte ses méthodes pendant le projet, et par conséquent, la capacité d’adaptation et les compétences humaines sont privilégiées aux processus préétablis.

Cette philosophie du travail impacte la DSI et ses clients en plusieurs points et notamment :

  • Les équipes projet deviennent pluridisciplinaires, regroupant des product owners (eq. AMOA), coach agiles (eq. AMOE), des développeurs (eq. MOE) et des experts des infrastructures (MOE et MCO)
  • Sont affectées au développement d’une application (devops team), d’une fonctionnalité (feature team) ou d’un composant (component team) tout au long du cycle de vie d’un produit
  • Sont très largement colocalisées
  • Et des communautés de pratiques, organisées en transverse leur permettent d’échanger et de s’améliorer

Les équipes agiles sont particulièrement adaptées pour expérimenter et développer des solutions innovantes dans des délais courts en minimisant les risques d’investissement. Des solutions qui tirent profit des services cloud qu’elles viennent consommer nativement.

 Et le SI bimodal dans tout ça ?

Le SI bimodal adresse un enjeu majeur des DSI à l’ère du digital : réussir à faire cohabiter efficacement un SI traditionnel et peu flexible avec un SI moderne et agile. Là où les méthodologies projet, l’organisation du Run, les modes de consommation des infrastructures et surtout les compétences requises divergent fondamentalement.

Au sein de la direction des systèmes d’information, il est ainsi fort probable que vous :

  • Constatiez des initiatives isolées pour répondre aux besoins des projets agiles mais que vous ne parveniez pas à capitaliser d’un projet à un autre
  • N’ayez pas anticipé ni résolu la question du changement des rôles et missions entre études et production dans le mode 2, générant ainsi une confusion et une inquiétude sur les responsabilités de chacun : « Que sera notre métier demain ..? »
  • Soyez contraint par votre politique de sécurité du SI à développer un cloud interne peu compétitif avec le marché : tout un écosystème dont Amazon et Azure pour ne citer que les plus populaires, est déjà prêt à délivrer des services d’infrastructure et de middleware de qualité professionnelle et facilement consommables par des APIs
  • Constatiez que l’automatisation de vos services d’infrastructure n’avance pas au rythme attendu par vos développeurs, lesquels encouragent un peu plus leurs directions à s’orienter vers des services de cloud externes
  • Constatiez que vos services d’infrastructure cloud s’appuient encore fortement sur des services d’infrastructure du mode 1 (ex : service d’authentification, gestion des identités, gestion des référentiels, etc…), annulant tout ou partie des gains liés à l’agilité de vos projets
  • Ne soyez pas toujours aligné avec votre CTO, ce dernier n’ayant pas votre vision, ni vos moyens et par conséquent n’investissant pas suffisamment dans le développement d’un cloud professionnalisé, pourtant accélérateur des projets agiles
  • Soyez conscient que le métier des équipes d’infrastructure change et s’apparente de plus en plus à celui de l’ingénierie logicielle
  • Ne soyez pas certain de l’effort d’investissement dans votre SI traditionnel pour les 3-5 années à venir

Sans être exhaustive, cette liste est représentative des questions majeures que soulèvent le SI bimodal pour les années à venir : des questions d’ordres organisationnel, de gouvernance, de gestion des emplois et compétences…

Mais à n’en pas douter, la clé pour réussir votre transformation vers un SI bimodal est votre capacité à anticiper les changements de métier de votre DSI tant pour l’automatisation du SI traditionnel que pour la construction du SI agile. Identifiez au plus tôt les ressources ayant les compétences ou à défaut de l’appétence pour le scripting et le développement. Assurez vous également d’être en capacité de répondre au nombre croissant de projets agiles.

En d’autres termes : pensez produit et non projet et rapprochez vous du métier.

Pas de commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *