img-article8 Une réalité pour un nombre grandissant de secteurs

Toute innovation s’accompagne généralement d’engouement et de craintes, selon que l’on considère plutôt les risques sur un existant ou les opportunités à venir.

La mutation qu’est en train de vivre notre société vers l’économie numérique n’échappe pas à la règle et fait craindre des effets non bénéfiques pour la société dans son ensemble.

Ces changements brutaux font naitre des inquiétudes qui se cristallisent notamment autour du concept « d’ubérisation », néologisme décrivant l’effet de précarisation de la société favorisée par la digitalisation de l’économie.

Uber, un Pure Player, a créé une plateforme numérique mobile qui permet de mettre en relation, presque sans coût de transaction, un chauffeur privé et un client. Simple et ingénieux, mais dévastateur pour l’ensemble du marché des taxis, empêtré, sclérosé dans ses propres contraintes réglementaires, finalement balayé en moins d’un an par une plateforme numérique.

Pourquoi ces changements disruptifs ?

Mettre en relation deux personnes, une offre et une demande, a longtemps été complexe et coûteux. Le numérique a changé la donne sur deux aspects :

  • Le coût de l’intermédiation (coût de la transaction),
  • L’échelle des opportunités d’intermédiation.

L’émergence des plateformes collaboratives d’intermédiation apparait malgré certaines tentatives de réglementation car elle répond parfaitement aux besoins des consommateurs.

L’uberisation se généralise. De nombreux secteurs ont vu émerger des plateformes collaboratives d’intermédiation :

  • La formation professionnelle, avec les MOOC et eDX (racheté par Google),
  • L’immobilier, dont le métier d’intermédiation est largement mis à mal par les sites de vente entre particuliers (PAP, Le bon coin…),
  • La banque de détail, avec les banques 100% en ligne et les modes de financement alternatifs comme KickStarter,
  • Les médias d’information, directement concurrencés par les réseaux sociaux comme Twitter,
  • L’hôtellerie, avec AirBnB
  • Le transport et la location automobile, avec Blablacar et Drivy.

Toutes ces exemples ont un point commun : ce sont des pure players, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas d’actifs, leur seul activité étant la mise en relation, l’intermédiation via le numérique. Pas d’hôtel, pas de parc automobile, pas de taxis…

Ils sont arrivés sur le marché en outsider total et ont changé radicalement le secteur sur lequel ils se sont positionnés. Ce sont de petites structures à la valorisation démesurée, essentiellement  fondée sur leur capital de données :

  • AirBnB : valorisé à plus de 13 milliards de dollars, avec 600 employés. Pour comparaison, Accor vaut 11,5 milliards de dollars, avec 180 000 employés.
  • Blablacar : non côté en Bourse, la valorisation atteindrait le milliard d’euros, pour 220 employés.
  • Uber : valorisé aux alentours des 50 milliards de dollars, pour… 2200 employés !

Ils ont bouleversé leur secteur respectif en devenant incontournable très rapidement (winner takes all) et en sabrant instantanément toutes les rentes existantes.

Pourquoi les craintes sont-elles si importantes ?

Comme dans toute mutation économique, le principe de création destructrice fait qu’on identifie beaucoup plus rapidement et précisément les effets négatifs, sans encore vraiment cerner l’étendue des opportunités bénéfiques du nouveau paradigme : affranchissement des réglementations, marché non régulé, inadaptation de la fiscalité, disparation importante d’emplois et apparition de nouveaux emplois plus précaires et moins qualifiés…

Avec le numérique, les clivages semblent également se développer entre les emplois ultra qualifiés des quelques happy few en regard d’une majorité d’emplois dépossédés de leur qualification désormais portée par le numérique, ses données et ses algorithmes.

Cependant ce type d’acteur peu disparaître aussi vite qu’il est venu. Ce n’est pas de la fragilité, c’est de la volatilité propre au digital. Si Uber disparait un jour, c’est parce qu’il sera remplacé par un acteur qui aura su mieux satisfaire le besoin des consommateurs, peut être grâce à une autre innovation.

Cette nouvelle économie numérique est ainsi vouée à se développer car elle fait passer la valeur d’usage avant la propriété et la coopération avant la concurrence[1]. Sa nature collaborative entraine la mise à disposition inédite des ressources non exploitées, augmente fortement la productivité, créant richesse et emplois. Un emploi différent, certes plus volatil et demandant plus de flexibilité, mais aussi plus soutenable pour notre société et accessible au plus grand nombre.

[1] Jeremy Rifkin ; « La nouvelle société du coût marginal Zéro » ; Les Liens Qui Libèrent ; 2014